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La novlangue à la DGFIP

Les propos politiques du président actuel, à l’instar des dirigeants d’autres nations capitalistes, génèrent un langage d’Etat qui constitue une novlangue.

La "novlangue" a pour but l’appauvrissement de la langue. Comme l’a décrit Georges ORWELL dans sa dystopie : « 1984 », ce procédé a pour ambition d’empêcher tout un chacun de critiquer le système totalitaire du pays où se déroule l’intrigue : il est difficile de concevoir quelque chose si on ne peut l’exprimer.

En conséquence, à la DGFIP, le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu est très vite devenu PAS, et l’accueil personnalisé sur rendez-vous du public est désormais l’APRDV.

Ces procédures dont le but à peine voilé est la suppression de centaines d’emplois, sont réduites à de petites lettres inoffensives, aux conséquences désastreuses.
Par ailleurs, le terme « moderne » en langue Macron signifie en français classique « de droite ».

Désormais être dans l’opposition c’est être rétrograde et passéiste. Celui qui est opposé à cette politique est par essence négatif.

Dans le droit fil de ce constat le gouvernement a fait adopter la loi dite de « modernisation » de la fonction publique. Qui peut s’opposer à ce que l’on modernise cette vieille fonction publique poussiéreuse, onéreuse, et desservie par un ramassis de fainéants surpayés ?

Revenons rapidement sur le contenu de cette loi, et essayons de trouver en quoi elle est moderne.

Il s’agit de casser le statut général de la fonction publique, ainsi que les statuts particuliers. Donc de priver l’intégralité de la fonction publique de son indépendance, et d’augmenter son obligation d’obéissance.

De même, on favorise la mobilité forcée, la rémunération au mérite, le recours accru aux contractuels, le licenciement simplifié, l’accès à pôle emploi, et l’offre de formation pour créer son entreprise.

La modernisation de la fonction publique est donc l’ubérisation de l’ensemble des fonctionnaires.

Un autre exemple, dans notre DGFiP, le ministre DARMANIN nous a dans un premier temps parlé de « géographie revisitée », concept abscons qui ne semble faire de mal à personne. On nous a ensuite présenté la « déconcentration de proximité » qui est exactement la même chose, mais encore moins agressive.
Cette déconcentration de proximité est devenue « nouveau réseau de proximité », puis « NRP ».
Très rapidement le sigle s’est imposé, et fort heureusement, les militants n’oublient pas que les sigles mentent.

Que ce cache-t-il derrière ces trois lettres ? Dans une entreprise du secteur privé, la presse parlerait d’un plan social, convaincue que le volet dit social du plan veille effectivement à sauvegarder le bien être des travailleurs. En fait, il ne conduit qu’à leur licenciement.

Pour la DGFIP la presse n’en parle pas, car rappelez-vous il s’agit de moderniser la Fonction Publique.

Mais peut-on réellement parler de modernité quand on ferme l’accueil du public, quand on démembre un réseau fonctionnel en fermant les trésoreries, quand on industrialise les tâches au nom de la productivité ?

Mais peut-on réellement parler de modernité lorsqu’une administration financière refuse d’encaisser les paiements en espèces ?

Mais peut-on réellement parler de modernité lorsque l’on passe au tout numérique, privant ainsi une partie la population de l’accès au service public, ou lorsque « l’intelligence artificielle » est appelée à remplacer l’humain dans le contrôle fiscal.
Nous vous laissons juges, mais pour nous, c’est non, trois fois non, car l’engagement au service du public reste le moteur des agents de la DGFIP.

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation ? Comment un fonctionnaire peut-il scier la branche sur laquelle il est assis, travailler à l’élimination d’autres fonctionnaires ?

Tout simplement parce que l’ordre lui a été donné, telle une machine administrative, dans le respect du chef, l’ordre est exécuté sans se poser de question.

Cette bureaucratie n’a même pas l’excuse de la bêtise, bien au contraire. Elle forme des centaines de cadres, moraux à l’intérieur de l’immoralité, consciencieux sans conscience, petits cadres que leurs « obéissance » portent aux plus hauts emplois.

Ceux-ci, par loyauté et fidélité au chef, par soumission à l’ordre, en tant que serviteurs de l’Etat, se considèrent en hommes de devoir. Et c’est cela qui est monstrueux.

Article publié le 4 février 2020.


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